Capacité/incapacité à pleurer

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0z0ne
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Re: Capacité/incapacité à pleurer

Message par 0z0ne »

Et combien ça rapporte ?

Tu pourrais t'emm… er toute ta vie avec un bouton sur le nez. Ça coûte de l'enlever, mais après ?


La Baronne
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Re: Capacité/incapacité à pleurer

Message par La Baronne »

J'ai le même problème, et c'est un cadeau d'être tombée sur ton message, car je faisais des recherches sur le fait que j'étais incapa8de pleurer et pourtant ça serait tellement libérateur... mais en faisant mes recherches sur les raisons de cette incapacité, je suis tombée sur quelques articles qui m'ont vraiment parlé . Je te les partage si ça peut te mettre sur une piste , peut-être que ça pas rapport avec ton cas, mais c'est tout de même bien intéressant de lire des possibilités. Voici quelques lien:

https://madame.lefigaro.fr/bien-etre/al ... 016-117503

https://tpe-leslarmes.weebly.com/3-repe ... nisme.html

https://nospensees.fr/lamertume-des-larmes-non-versees/


Alice47
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Re: Capacité/incapacité à pleurer

Message par Alice47 »

Silas a écrit :
11 déc. 2010, 16:28
spam edité, supprimé
Bonjour,

Merci pour ces premières réponses que j'ai lues très attentivement, et vais relire car il me faut toujours plusieurs fois avant de bien intégrer les choses.

Le parallèle d'OzOne avec le rire a également fait écho en moi. En effet, bien que je ne souffre pas d'une incapacité à rire, il est vrai que on me reproche souvent de ne pas "savoir rire", je ris à l'intérieur en réalité, mais c'est beaucoup moins douloureux que pour les pleurs, ou bien je ris en décalage. Parfois c'est le temps de compréhension qui est plus long, parfois juste c'est que je ris quand l'envie m'en prend mais personne ne rit plus .

Mais cela me gêne moins, hormis le fait que je passe encore et toujours pour bizarre en société (pour le peu que j'y suis) ça ne m'est pas douloureux, ni un manque.

Et je ris énormément quand je suis seul, sans aucune limite de "correction" dans la mesure où, une fois seul, le fait que j'ai "l'air d'un débile profond" (sic) en riant n'indispose personne.

Mais, je crains de ne faire différer le sujet malgré moi, quoiqu'il en soit, votre analogie OzOne m'a beaucoup parlé.

Si mon incapacité à pleurer pouvait ne pas être aussi douloureuse que ma capacité "particulière" à rire j'en serais heureux .

Un autre point qui a retenu mon attention c'est ce que vous précisez quand au fait de garder une attitude qui permet de "gérer la situation" lorsque les autres ne sont pas en mesure de le faire.
Je partage cela aussi, je ne cède pas à la panique, peut-être ne m'atteint-elle tout simplement pas au même moment que les autres, de là à gérer les situations je ne sais pas.
Je réfléchis dans ces moments là, si vite que c'est comme si je ne réfléchissais pas.
A titre d'exemple, enfant, lorsque nous avons trouvé un ami de la famille mort chez lui depuis plusieurs jours d'une balle en pleine bouche, alors que les adultes avec moi s'écroulaient face à la scène, s'évanouissaient à cause de l'odeur ou tentaient maladroitement de me cacher les yeux (inutile puisque j'avais vu) c'est moi qui suis calmement allé jusqu'au téléphone pour appeler les pompiers. Mais je n'ai aucun souvenir d'avoir réfléchi au fait qu'il faille le faire, je l'ai fait, c'est tout.


De même, lorsque j'ai trouvé ma mère suicidée, c'est moi qui ait fait "rire" la personne venue après mon appel et même le pompier qui restait avec moi pendant que ses collègues s'occupaient de son corps.

Dire que je ne ressentais pas la peine ni ne mesurais l'ampleur de la situation serait faux, mais m'écrouler, ou pleurer, ou même hurler ou quoique ce soit, je l'ai fait, mais en dedans.

(J'ai souvent été "qualifié" de nem. Tout est à l'intérieur.)

Là encore j'ai peur de dévier.

En tous cas ne pas parvenir à pleurer me fait mal, réellement et physiquement.
Je voudrais relâcher moi aussi toute cette colère et ce désarroi interne.

Silas.
Salut,
Oui je pense aussi que ça mal, je n'ai pas encore vécu ta situation mais je comprends, courage
Bien à toi


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thevenet_jean
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Re: Capacité/incapacité à pleurer

Message par thevenet_jean »

J'ai moi même passé ma vie à retenir mes pleurs, pas pleuré les morts de la famille... etc pour finalement chialer 30 ans de pleurs retenus dans les bras d'un jeune coéquipier de sport. Je craignais plus qu'actuellement la musique, par ce que ça apportait des émotions à retenir.

j'ai été "invité" dans les bras d'un bien plus jeune que moi, qui lui aussi avait besoin de pleurer mais n'y arrivait pas (il me l'a avoué). il se projetait dans les pleurs des autres dans un besoin compulsif de consoler les gens, était en plein syndrome de St-Bernard et ça tombais bien que j'avais un besoin de pleurer. Cet ami était "distant", il ne confiait absolument rien de lui, était fuyant, et disait vivre dans une grande solitude malgré une vie sociale pleine d’interactions fascinantes par la facilité apparente de séduction qu'il dégageait. Quelque chose n'allait pas mais il a fait le miracle de m'accepter dans ses bras en me disant "tu en avais besoin".

Il faut noter qu'il était anormalement fort: il pratiquait une sorte d'autohypnose catanonique inspiré d'une méthode de méditation transformée à sa guise, et me serrait très fortement dans les bras 1 heure d'affilé, sans faiblir, alors que moi entraîné par une pratique sportive, ne pouvait pourtant pas physiquement tenir ainsi les muscles contractés plus que quelques minutes. Je pouvais donc "criser à fond" il me tenait toujours bien fortement sans faiblir. Il faut noter que en grande partie, mes crises étaient un besoin de pleurer qui ne pouvait pas s'exprimer autrement et qu'en réalité, je crisais dans ses bras et m'en soulageait. Pour plus pleurer, on faisait ça en écoutant les musiques que je craignais le plus, j'avais même fait des pratique de jeun et voeux de silence et beaucoup d'activité physique préalable pour mieux ressentir et pleurer encore plus à fond dans les bras de cet ami: c'était un énorme soulagement.
Il a fait ce qu'il fallait pour moi, simplement me tenir serré fortement dans ses bras une bonne heure d'affilé et toute la violence de mes crises devenait des des sanglots de quoi en mouiller 3 couches de vêtements et c'est devenue ainsi une pratique "de catharsis" régulière qui a pris une tournure de thérapie: on se donnait rendez vous une heure par semaine, on n'échangeait plus que ça, il me faisait pleurer tenu dans ses bras et il repartait, tout mouillé et fier d'avoir rendu un service.
Puis cet ami m'a lâché brutalement (beaucoup d'hypothèses à faire mais si on ne les échange pas à quoi bon? j’attends une retrouvaille pour avoir sa version du vécu de cet échange: de mon point de vue c'était une forte amitié de sa part pour m'avoir fait ça alors que lui n'avait "pas d'amis"...) j'ai pleuré tout seul cet abandon pendant 3 ans durant 3 heures par jour environ et là ça été douloureux.
Cette proximité émotionnelle a été une révélation de tout un pan de la vie qui était inconcevable m'a donné l'impression de sortir de l'autisme.

J'ai le ressenti que si je n'avais pas évacué ces pleurs à temps (40 ans) ça serait devenu une maladie grave: faire ça jeune avant que ça bouffe la santé est préférable: en réalité j'en avais déjà très besoin à 24 ans mais trop homophobie et de peur d''ambiguïté sexuelle alors c'était juste inconcevable d'aller dans les bras d'un ami, il me fallait une "autorisation", savoir que "ça peut se faire", c'est le visionnage d'un film tibétain qui m'a confirmé que c'était possible et même "normal" dans certaines cultures.

Je pense aussi qu'il faut bien sentir son corps et ressentir l'effet de l'étreinte dans un corps sensible (être maigre, un peu athlétique et musclé, la peau près des muscles, en ayant un peu faim, fatigué, ça aide d'entrer en somnolence et de rêver éveillé dans cette sensation physique).

j'ai toujours un grand besoin de me sentir serré dans les bras, et fort, mais je ne pleure plus, comme si c'était "vidé".

Cette expérience est délicate à communiquer, tronquée de tout un contexte il y a beaucoup de choses à dire qui différencie cette pratique d'un simple "câlin": c'est plutôt un processus, et il semble que c'est reproduisible (d'autres exemple vécus rares, forcément, c'est rare de l'oser, mais similaires de "pratique des étreintes", il y a aussi des pratiques similaire dans d'autres culture, où souvent le contact physique est remplacé par un rituel, ou de la musique, et que c'est similaire en tant que processus, c'est pas tout à fait de la "calinothérapie", mais un accès à la catharsis, et je pense que pour l'autiste, en dehors du contact physique point de salut, car les neurotypiques ouvrent des accès à leurs émotions au moyens de symboliques à laquelle les autistes n'ont pas le même accès (aspect émotif des mots par exemple, rituels d'appartenance sociale pour le ressenti d'acceptation, qui chez un autiste, est plus "corporel", ou du moins une symbolique différente, l'autisme est aussi là: on ne communique pas sur les même symboliques, le langage en étant une qui ne porte qu'une communication partielle)

En particulier j'ai échangé avec un centre pour enfants autistes, avec une équipe dont j'ai rencontré le chef, on a fait une conférence et ils semblent connaître "tout cela", "avec la tête", mais le chef dit lui même "on est trop névrosé pour le faire", "ça remettrait en question des tas de méthodes", "avec des enfants, leurs parents nous accuseraient d’abus sexuels"... alors le contact est remplacé par des objets, des massages avec de l'eau... etc.

Je prône activement cette découverte physique, mais cela est souvent rejeté comme du "prosélytisme pro câlins"... c'est gênant, impliquant, j'ai l'impression que beaucoup de gens nient et retiennent de s'avouer pareil chose (projection de ma part?!), ne veulent pas en parler, ont déjà adopté d'autres explications... le dialogue à se sujet s'avère semé d'embûches, et maintenant, on a un prétexte plus facile et justifié pour ne plus se risquer à se toucher: le virus... et enfin, vient le problème de l'engament affectif d'une expérience si intime (je pense que si on le fait de façon térapeuthique, il faut "apprivoiser" plusieurs personnes à la fois, de sorte à ne pas s'attacher à une seule, et se focaliser sur cette sensation d'être accepté dans les bras d'un "humain", sans apparier cet humain à un individu particulier de qui on attend "tout".

Avec du recul, si je m'étais "protégé" contre la peur d'abandon, j'aurais évité une souffrance de le rupture de ce partage, proposé par un individu alors unique, mais vu le temps que ça prend de mettre ça en place de façon "sécure", je n'aurais pas connu le bon de cette expérience et n'aurais pas pu... pleurer accompagné encore jeune, même si c'est incomplet, c'est mieux que rien..
Je regrette plutôt de ne pas l'avoir fait à fond encore plus jeune, quand j'en avais tant besoin et croyais encore que ça ne se faisait pas.

J'ai énormément réfléchi et tenté d'échanger sur cette pratique... j'avais (ou j'ai encore) en ligne de mire de projet de vie de le transmettre, mais je n'ai rencontré quasiment que de la réticence malgré une large approbation mentale partagée parfois même par des personnes surprenantes (par exemple de quelqu'un qui se fait des muscles juste pour faire peur ou pouvoir casser la g*****, mais qui le comprend comme une évidence).

Et cela n'est pas le propre de l'autisme de retenir ses pleurs, ni le besoin d'un réel contact d'acceptation physique.

Récemment, dans les rues de Cilaos, un monsieur assez âgé, déjà usé physiquement et marchant à peine avec sa canne insultait tout le monde dans le rue et hurlait qu'il était handicapé. j'ai pensé que peut être il appelait au secours "je veux des câlins" et j'ai fait le pari de l'attraper dans mes bras (c'est quand même délicat d'attraper dans les bras dans la rue un type qui insulte tout le monde), il a arrêté d'insulter, a pleuré fort une bonne demi-heure dans mes bras, m'a raconté "sa vie", puis les jours suivant a tout déballé à son frère, et quelques mois après, il marche presque normalement, est souriant, son frère m'en a remercié, les progrès initié par ce déblocage ont l'air d'être durables, comme un "tournant". Avec cet homme maintenant ami on n’interagie pas beaucoup à cause du covid et de vie très différentes, mais il semble que ce "câlin" a débloqué quelque chose en une seule fois: il n'est plus haineux... Oui, ça peut être miraculeux.
Quand je l'ai fait, "l'assistance" (tout les "amis" du monsieur, les buveurs de bière et fumeur de joints) tout autour n'ont pas oser regarder, alors que je leur disais: vous voyez, c'est simple, c'est juste d'affection qu'il a besoin, comme un enfant..., ils ne disent pas "non", ne se moquent même pas de ça avec des propos homophones comme ils le feraient lors d'un contact physique de sport, ils FUIENT!!! Je ne pense pas que d'autres personnes osent prendre ce type dans les bras, même pas son frère qui me l'a dit lui même!

c'est un sujet qui dérange et dont je ne devrais plus parler sur les forums, il faut dire que par écrit, cela est reçu de personnes qui ont un vécu et niveau de compréhension très variable pour cela. c'est ici par ce que c'était bien une réponse à Capacité/incapacité à pleurer.....


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